Les comptes de ma mère l'oie
Mes ennemis

Ma mère, sainte femme, m'a appris à pardonner à mes ennemis et même à tendre l'autre joue. Bonne fille, je lui pardonne ce conseil pernicieux...
Pouvait-elle savoir qu'il n'y a que l'éternité qui puisse un jour me dire ce qu'il adviendra de mon pré carré? De ce qui y restera et de ce dont on ne retrouvera trace. Que la patience m'aidera à trier l'essentiel de l'accessoire? Que seul le temps aura le droit de m'offrir la mort de mes ennemis.
En attendant, je le regarde, je les attends. Et je savoure cet instant d'éternité.
29 juin 2008
Un peu gauche, comme souvent, j'ai réalisé l'expérience interdite de Facebook, ce "réseau social" qui vous permet d'être "amis" avec 700 personnes dans le monde en quelques semaines. Une expérience un peu folle. A l'image de notre temps. Vous y croisez pêle mêle ami et ennemi, et aussi des milliers d'inconnus dont on se demande parfois ce qu'ils y cherchent. J'ai quitté ce réseau sans le moindre regret. L'amitié couverte d'artifice vous laisse un gout amer. L'inimitié est lourde de silences. Rien ne vaut mon pré carré.
Quelle période folle! Le Parquet Fédéral a jeté en cul de basse fosse quelques quidams sous le prétexte - jusqu'hors indémontré - d'appartenance à une association de malfaiteurs et d'appartenance à une mouvance terroriste. De mon pré, je les ai vu se morfondre, pleurer, se demander pourquoi et finalement se renforcer dans le sentiment que l'Etat qui nous gouverne était vraiment dans un drôle d'état. Qui aurait donc l'outrecuidance de leur donner tort? Peut-être pourrait-on seulement leur reprocher leur naïveté. Tout ce petit monde n'a eu le droit d'exister qu'à la condition de servir un jour de repoussoir. Un jour où l'Etat aurait besoin de détourner l'attention. Et ce jour est tombé. Partis à la pêche, les policiers d'Etat n'ont rien trouvé. Ils ont toutefois pu démontrer une chose essentielle: qu'emprisonner quatre quidams n'avait pas l'heur d'émouvoir les foules et que les médias, à une notable exception près, n'avaient du mot "courage" qu'une vision finalement assez ... restrictive. De mon pré, je ricane.
Mémoires d'une oie

